Une journée dans les Hautes-Alpes en cascade de glace

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Au gré des saison, les Hautes-Alpes (05), dévoilent bien des joyaux au cœur de leur territoire montagneux. Nous vous invitons à découvrir, au cours d’une journée de janvier, l’univers feutré d’une pratique hivernale hors du commun : la cascade de glace ! Voici le quotidien de Yann Romaneix, guide de haute-montagne des Ecrins, spécialiste de cette discipline.

Des vallées comme le Fournel, La Grave, Freissinières, Ceillac, Les Orres, Entre les Aygues, Cervières ou encore Crévoux résonnent dans le monde entier et ont fait la gloire de ce territoire de glace. Doté d’un potentiel unique, plus de 350 lignes y sont répertoriées, et les Alpes du Sud sont devenues une référence internationale.

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©Yann Romaneix

Les années 90 connurent une véritable ruée vers l’or de ces itinéraires glacés.

Gravir ces lignes éphémères demande connaissance, expérience et une bonne dose de motivation pour affronter les conditions hivernales du terrain et oser se dresser sur cette matière si particulière, presque vivante, évoluant au gré des températures.

Aujourd’hui, jeudi 21 janvier 2021, nous suivons un guide de haute-montagne accompagné de son client au fond de la vallée de Freissinières, située au cœur du Parc National des Ecrins.

Les lignes convoitées du jour se nomment : Larmes de Nicodème (ouverture nov. 89 par Balestra/Di Dio Balsamo et Cavarec) et Impatience (ouverture dec. 89 par les renommés Damilano/Perroux).

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Le mur de Gramusat et ses innombrables lignes de glace – ©Yann Romaneix

Pour s’y rendre depuis le parking du Laus (1372m), il faut compter 1h30 d’approche, à pied, en raquettes, ou en skis selon les conditions d’enneigement du moment. On chemine d’abord sous la Tête de Gramusat (2445m) et ses imposants murs de glace, puis on s’élève sur le sentier enneigé menant au magnifique village d’altitude de Dormillouse (1750m). On le quitte à mi-distance pour emprunter celui menant au lac de Fangeas. Après une demi-heure on aperçoit enfin les lignes convoitées !

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Les cascades “Larmes de Nicodème” et “Impatience” – ©Yann Romaneix

Une fois arrivés à destination, c’est le rituel de la préparation : s’hydrater, enfiler une première peau sèche (à l’image de la première couche manches longues PROCLIMB), se couvrir, s’équiper (harnais, casque, broches à glace, dégaines, mousquetons, système d’assurage, sangles), chausser les crampons spécifiques glace et empoigner ses engins : les fameux piolets tractions si particuliers à cette pratique!

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Une première couche sèche et un matériel organisé ! – ©Yann Romaneix

Après avoir soigneusement délové les cordes au pied de la voie, la cordée s’encorde pour partager cette chevauchée glacée.

S’ensuit un merveilleux bal vertical sur la structure d’eau figée par le froid des Hautes-Alpes.

Le guide, leader, et son second ne font qu’un. Ils n’en sont pas à leur première ligne ensemble : ils sont réglés et partagent une véritable complicité et collaboration au service de l’ascension.

Pendant que le leader gravit la cascade de glace en tirant des longueurs tout en se protégeant grâce aux broches à glace qu’il place sur son chemin, son second, attentif, l’assure depuis le relais pour parer à toute chute éventuelle.

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Le leader protège son ascension grâce aux broches à glace – ©Yann Romaneix

Arrivé à l’emplacement idéal pour faire venir son second, le guide de haute montagne confectionne le relais et aménage la zone : « RELAIS !».

Son client à son tour annonce « DEPART !» et le rejoint, en récupérant sur son passage l’ensemble du matériel laissé par le guide.

Une fois au relais, le second se sécurise (il se « vache »), et transmet le matériel récupéré en chemin au leader pour la suite. L’opération se répète au fil des longueurs de glace nécessaires pour atteindre le sommet de la ligne.

La cordée est réglée et répète des gestes justes, maîtrisés et efficaces. Ca sonne juste !

Derrière eux, plus aucun matériel en place (clean climbing attitude). Seuls quelques impacts sur la glace trahissent leur passage.

Du sommet ils enchainent les rappels sur arbres ou sur lunules sèches (les “abalakovs“), jusqu’au pied de la cascade de glace dans la gorge du torrent de l’Oule.

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Descente en rappel – ©Yann Romaneix

Le rangement de l’ensemble du matériel technique permet aux grimpeurs de revenir en douceur sur terre, de reconnecter avec la vallée et de se rapprocher des Hommes.

Le cœur léger notre cordée regagne ses pénates, satisfaite par cette envolée glacée dont le seul intérêt est de se faire plaisir et de se sentir au cœur de l’élément !

Ainsi se déroule une belle journée d’escalade sur glace au cœur des Hautes-Alpes.

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La vallée de Freissinières – ©Yann Romaneix