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Escalade : pourquoi les cotations ne sont pas importantes

Êtes-vous victime de la cotation-mania ? Que ça soit en bloc, en falaise ou en grande voie, les cotations font partie du sujet de discussion favori des grimpeurs. Avec Gautier Supper, multiple champion de France d’escalade, nous vous expliquons pourquoi elles ne sont pas (si) importantes.

 

Elles peuvent devenir tantôt motivation, tantôt obsession, tantôt frustration. Du 5a au 9a, il est rare de trouver un seul grimpeur qui ne soit pas obnubilé par le chiffre et la petite lettre accompagnant la voie qu’il s’apprête à essayer. La cotation est souvent le seul critère considéré lors du choix de la voie. Pourtant, l’escalade est un sport infiniment plus riche qu’une simple cotation.

 

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La cotation oui, mais surtout le plaisir de grimper, avec notre ambassadeur Jean Lefahler – ©Boris Pivaudran

 

Elles ont certes leur intérêt : pour Gautier, qui a passé une dizaine d’années dans le top niveau mondial et maintenant entraineur d’équipes nationales en escalade, “les cotations permettent de structurer la séance et l’entrainement, en sachant à peu près où tu vas”. 

“Dans mon cas, j’aime bien commencer par une ou deux voies très faciles en 5c/6a. Cela permet de dérouler le corps et de revoir les réflexes afin de rentrer tranquillement dans la séance. Ensuite, je m’échauffe progressivement avec un 6c/7a, un 7c…”.

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Gautier à l’échauffement – ©Boris Pivaudran

 

Lorsqu’on ne connaît pas un secteur, la cotation est la première indication dont on dispose pour aiguiller ses choix. Néanmoins il ne serait pas judicieux de se focaliser uniquement dessus. Comme le rappelle Gautier : “une cotation est liée à un endroit, à un ouvreur et à son style”. Nous en avons tous fait l’expérience : les 6a dans la dernière falaise-école ou la dernière salle d’escalade d’une grande ville n’ont pas du tout le même niveau d’exigence que les 6a des vieilles voies du Verdon, des secteurs historiques de Fontainebleau, ou des falaises à doigts des années 80. Quel grimpeur (ou grimpeuse) fort(e) dans sa salle ne s’est pas fait(e) rouster dans un secteur ouvert à une autre époque, dans un autre style ?

“Je ne dis pas qu’il ne faut pas en tenir compte, mais il faut prendre du recul par rapport à la cotation : le style et les cotations ont beaucoup évolué au fil des années” précise Gautier. A cela s’ajoute une grande variabilité selon les régions, potentiellement énorme dans les niveaux 5 et 6. L’exemple le plus flagrant est celui de l’escalade en fissure : aux Etats-Unis, pays avec une forte culture de grimpe en fissure (Yosemite, Indian Creek…), les cotations sont en général beaucoup plus sévères qu’en Europe, et bon nombre de grimpeurs du continent se sont cassés les dents dans des voies données pour faciles de l’autre côté de l’Atlantique.

 

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La façon de coter varie fortement selon les époques et les régions -©Boris Pivaudran avec notre ambassadeur Antoine Rolle

 

En parallèle de cela, il peut exister la tentation parmi les ouvreurs d’afficher des cotations très gentilles afin d’attirer le chaland : qui n’a pas eu son égo flatté en réalisant à vue son 7a qui était, de façon vraisemblablement plus objective, un 6b ? Ou bien en grande voie, dans le but cette fois d’afficher une voie beaucoup plus homogène que la réalité. Très souvent des longueurs de liaison annoncées en 3c-5a sont en réalité… de la marche ! On observe de même que plus l’altitude monde et plus l’éloignement de la voie est marqué, plus les cotations peuvent être décorrélées de la difficulté intrinsèque des mouvements à réaliser. L’ouvreur (et les répétiteurs) étant sûrement déjà fatigués par l’approche et le fait de grimper avec un sac lourd…

Dans le haut niveau c’est plus simple, car les cultures se rejoignent, tout le monde a des habitudes proches”, précise Gautier. En effet les grimpeurs de haut niveau voyagent beaucoup plus que le reste, et se confrontent aux mêmes voies célèbres d’un pays à l’autre : on peut supposer qu’un 9b sur lequel se sont essayés plusieurs grimpeurs du top 10 mondial sans qu’il soit décôté est bien un vrai 9b.

Pour nous, grimpeurs lambdas, il ne faut considérer les cotations que comme un moyen de comparer une voie d’un secteur avec une autre voie d’un même secteur (ou même salle), d’une même région, d’un même style, d’une même époque. Dans certains disciplines, elles perdent même de leur utilité : “en bloc moderne, les cotations ne veulent pas dire grand chose”, explique Gautier.

 

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Gautier au travail dans une de ses créations – ©Gautier Supper

 

La bonne nouvelle, c’est que cette prise de recul nous allège de la culpabilité d’échouer dans une voie supposément inférieure à notre niveau habituel : “ce n’est pas parce que tu n’arrives pas telle voie d’une certaine cotation quelque part , que cela remet en question ton niveau. Peut-être que les prises sont sales, ou peut-être que l’ouvreur a craqué”, commente Gautier. Tout en continuant d’aborder les voies avec humilité : “ce n’est pas non plus parce que tu as fait un 7a que tu fais tous les 7a”. Un niveau 7a à vue, cela veut dire être capable de réaliser la très grande majorité des 7a essayés dans une variété de styles (dalles, dévers, fissures…). Cela demande des compétences immensément plus développées que juste réaliser un 7a dans sa salle ou falaise habituelle et dans le style qui nous convient.

Enfin, le double-tranchant des cotations se manifeste également sur la question de la comparaison entre grimpeurs. Pour Gautier, “lorsqu’on commence un nouveau sport, on veut se comparer, surtout si on a l’esprit compétitif. C’est naturel de se prendre au jeu, ça motive”. Mais on peut vite basculer dans la course à la cotation : “il y a une dérive possible : l’être humain veut toujours prouver, toujours battre son voisin. S’obstiner à vouloir sortir une voie dans un niveau donné, ça peut rendre fou”.

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Choisir une voie, c’est considérer la cotation, mais aussi le plaisir qu’on aura à la grimper -©Gautier Supper

 

En résumé “la comparaison est soit positive, soit négative” : positive si elle génère de l’émulation, négative si la frustration de ne pas y arriver en vient à remplacer le plaisir de la grimpe.

Car oui l’escalade est avant tout un sport de sensation, de déplacement instinctif et de psychologie, qui ne saurait être observé uniquement par le prisme restreint de la cotation.

 

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Texte : Boris Pivaudran avec la participation de Gautier Supper